Panorama
« L’œuvre d’art n’a
rien à faire avec la communication. L’œuvre d’art
ne contient strictement pas la moindre information. En revanche il y a
une affinité fondamentale entre l’œuvre d’art
et l’acte résistance. » Gilles Deleuze
Lors de ma première visite du Lycée B. Franklin, un établissement
d’enseignement général, technique et professionnel
qui dispense l’enseignement de plus d’une centaine de matières,
et qui est activé tous les jours par plus de 2500 personnes, les
questions qui me sont venues à l’esprit furent : Quelle est
cette organisation secrète qui permet que tout cela fonctionne
et que toutes ces personnes coexistent ?
Concepts
J’ai abordé ce site avec ma culture d’artiste « multimedia »,
qui n’a pas de technique particulière, je ne fais pas du
fer, du bois ou du tricot ; je privilégie le processus, la
mise en place de quelque chose qui va évoluer dans le temps, et
qui interpelle les gens. Je me donne des règles de composition
que je vais puiser dans des paramètres contextuels. Je ne sais
donc pas, à l’origine, ce que mon travail va donner. Ce qui
a motivé la création d’une œuvre d’art
pérenne dans ce Lycée, a été la volonté
d’exprimer une synthèse des relations qui unissent la communauté
de ses « habitants » dans leurs dimensions physiques
et sociales. L’œuvre doit révéler la « théâtralité »
du lieu dont la dramaturgie est quotidienne voir ordinaire. Comment rendre
perceptible l’activité intense, multiple et complexe de cet
organisme vivant ? Comment traduire le fourmillement, le bouillonnement
quotidien que l’on devine de façon fragmentaire lors d’un
parcours dans l’établissement ? Comment rendre visible l’invisible ?
La réponse est venue sous la forme d’un « panorama »,
une représentation synoptique qui embrasse, d’un seul coup
d’œil, l’ensemble des respirations circulatoires des
élèves - une cartographie en mouvement. Ce « panorama »
a donné son titre à l’œuvre.
Dispositif
À l’entrée du Lycée B. Franklin à Orléans,
ce dispositif multimédia hétérogène associe
deux temporalités différentes. Deux écrans plasma
composent un tableau associant une image infographique programmée,
sur laquelle se superpose une image vidéographique captée
en direct. Ce diptyque visible depuis la rue, interpelle les passants,
visiteurs et membres de l’établissement lors de leur passage
au portail principal. L’animation de cette enseigne verticale discrète,
incrustée dans la façade, reproduit les principes de flux
qui régissent la vie intense organisée derrière celle-ci.
Charnière d’un flux à l’autre, celui de la ville
et celui d’un lieu consacré à la circulation des savoirs,
cette œuvre de commande, réalisée dans le cadre d’un
1% artistique, propose une interface entre intérieur et extérieur :
un espace sensible, s’animant au rythme de la vie lycéenne.
Vocabulaire
Le « Panorama » présente le dessin au
trait noir du plan de masse de l’établissement où
l’on peut repérer l’ensemble des salles de cours du
Lycée. Sur cette surface s’agitent des globules de même
taille, de formes et de couleurs différentes. Ce sont les 74 classes :
secondes, premières, terminales et autres qui se teintent suivant
l’heure de la journée. Car le nombre des matières
enseignées changent d’heure en heure, cadencée par
les intercours et les récréations. Les globules changent
de couleur de matières en matières et se déplacent
de salle en salle pour séjourner en récréation ou
au restaurant scolaire. J’ai élaboré vocabulaire visuel
en choisissant des formes simples sans esthétique liée à
un logiciel, Elles sont rondes pour les secondes et se durcissent au fil
des années d’enseignement jusqu’en terminale et plus.
Ce « Panorama » infographique est un écran
perceptif des flux et des circulations des usagers de l’école.
Il en est le révélateur de son système nerveux global.
Composition programmatique
Ces compositions sont générées en permanence par
un ordinateur, complètement autonome, qui fait fonctionner un programme
informatique élaboré spécialement pour cette œuvre.
Ce logiciel est alimenté par une base de données :
fichier extrait de l’emploi du temps du lycée construit par
le proviseur adjoint en charge de cette difficile tâche. Ces données
sont réactualisées chaque début d’année
scolaire lorsque les emplois du temps sont définitifs.
L’analogique
Cette représentation numérique ne serait complète
sans la présence d’une image produite en temps réel,
intégrant par là même la présence du spectateur
et les aléas de toute réalité non -programmée.
L’image analogique du spectateur/visiteur/usager apparaît
en superposition sur cet écran. Celle-ci se dissout très
vite pour éviter la reconnaissance et la surveillance. Elle provient
d’une caméra vidéo située dans cette zone de
passage au seuil du lycée. Elle introduit l’interactivité
et une indispensable profondeur à la composition.
« Panorama » est le pouls coloré
du lycée, cet organisme vivant régit par un battement très
régulier d’une journée, d’une semaine, d’une
année scolaire, seul un imprévu introduira un nouveau mouvement
en direct. Il appartient aux usagers du lycée B. Franklin de le
rendre vivant. Ils en sont les cellules, les atomes. À eux de le
faire évoluer en intervenant sur le clone du programme disponible
à consultation au Lycée pour les cours ou les éventuels
clubs d’informatique. |